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lundi 18 août 2008

José Saramago: "La lucidité"

Extrait du bouquin que je lis en ce moment:

Il est courant en ce bas monde et à cette époque où nous trébuchons en avançant à l'aveuglette que nous nous heurtions en tournant au prochain coin de rue à des hommes et des femmes prospères, dans la fleur de l'âge, qui ayant connu à dix-huit ans les habituels printemps riants et ayant été aussi, et peut-être surtout, de fougueux révolutionnaires bien décidés à éliminer le système mis en place par leurs parents pour le remplacer enfin par le vert paradis de la fraternité, se trouvent aujourd'hui installés confortablement et avec une fermeté aussi grande dans des convictions et des pratiques qui, après être passés par l'une des nombreuses variantes d'un conservatisme modéré pour échauffer et assouplir leurs muscles, ont fini par déboucher sur l'égoïsme le plus effréné et le plus réactionnaire. Pour utiliser des mots moins solennels, ces hommes et ces femmes crachent, devant le miroir de leur vie, tous les jours à la figure de ce qu'ils ont été le glaviot de qu'ils sont devenus.

800px-DanielCohnBendit.jpg Renaud_nocorrida.jpg

Les photos qui précèdent ne sont pas dans le roman, mais je me disais que ça pourrait être sympa de les juxtaposer. N'hésitez pas à citer en commentaires d'autres noms de personnes célèbres qui correspondent à la description de Saramago, j'ajouterai leur portraits ensuite.

mardi 4 mars 2008

Laisser pourrir l'industrie

Je n'appartiens pas au parti social-démocrate et je ne suis pas socialiste indépendant.Je n'appartiens pas au groupe Spartacus et je ne suis pas non plus bolchevik.
Je ne suis affilié à aucun parti, aucun cercle politique de quelque sorte que ce soit, parce qu'aucun parti ni programme, nulle proclamation ou décision de réunion ne saurait me protéger du malheur universel.
Est-ce qu'un seul de vos chefs a d'autres buts que de vous régenter ou se servir de vous pour en dominer d'autres?
Pensez! C'est mon droit d'exiger cela de vous, puisque vous êtes des hommes.Pensez!
Mais vous ne pouvez pas penser parce qu'il vous faut des statuts, parce que vous avez des administrateurs à élire, des ministres à introniser, parce que vous avez besoin de parlement, parce que vous ne pouvez pas vivre sans gouvernement, sans chef.
Vous cédez vos voix et quand vous voulez vous en servir vous-mêmes vous n'en disposez plus, et elles vous font défaut parce que vous les avez cédées.
Pensez! Vous n'avez besoin de rien d'autre. Laissez d'un coeur apaisé et insouciant s'effronder la vie économique; elle ne m'a pas apporté le bonheur et elle ne vous l'apportera pas non plus.
Laissez consciemment pourrir l'industrie ou c'est elle qui vous pourira. C'est sur les ruines de l'industrie que fleurit la liberté...

Conférence de Ret Marut (B. Traven) du 28 décembre 1918 à Munich.

Cette citation est extraite d'une bande dessinée de Golo: "B. Traven, portrait d'un anonyme célèbre".

B. Traven